Braillerap Senegal – les communs opérants

Notre président Hugues Aubin est actuellement à Dakar où le projet de déploiement de l’imprimante Braille open-source #Braillerap poursuit son expansion et son rôle d’emblème d’objet ouvert, réparable, améliorable, et refabricable « by design ».

Hugues au Grand Yoff à Dakar, lever du jour le 20 mai 2025

Il devient difficile désormais de narrer tous les rebonds qui se produisent autour de Stéphane Godin le développeur principal, et de Saad Chinoy qui pousse très fort le projet depuis Singapour sur l’asie : une machine fabriquée en Argentine par un papa pour son enfant, des élèves des Philippines réalisant une braillerap et l’améliorant pour passer leur diplôme, une équipe de la prestigieuse John Hopkins University fabriquant son embosseuse Braille en se passant de découpe laser pour imprimer le boitier en 3D avec succès, le formidable hackathon organisé par EUPHA – European Public Health Association durant la semaine européenne de la santé publique à Bruxelles la semaine dernière, en partenariat avec Ligue Braille asbl , deux machines construites dans un fablab à Plourin en Bretagne il y a quelques jours… Et cela rien que pour le mois écoulé !

Au Sénégal il s’agit d’abord de mettre en route une machine au SENFABLAB LAB , et de jouer sur plusieurs des nombreuses qualités de cette machine inclusive :

Philippe Pacotte et Stéphane Godin en 2016
  • la braillerap est l’embosseuse Braille la moins chère en coût de revient. La fabriquer en famille, en atelier, avec la documentation ouverte en accès libre demande de rassembler environ 300 € de pièces détachées et de s’allier avec un lieu de fabrication numérique capable de découper les morceaux du boîtier et d’imprimer en 3D les pièces spécifiques.
  • La braillerap se propage de la manière la plus écologique qui soit : par sa documentation et ses fichiers de fabrication numérique. Si vous êtes dans un pays où il y a de la visserie, des barres de métal, et des cartes d’imprimantes 3D, la braillerap est déjà potentiellement là sans déplacer un atome, un cargo, un avion, dans une logique de partage et de recomposition locale.
  • La braillerap réalise des transcriptions de textes dans toutes les langues (ateliers réalisés en Bhoutanais,par exemple, gagnant le prix du public lors de la rencontre mondiale des fablabs précédente avec Saad Chinoy )
  • la braillerap ne se contente pas d’embosser du papier. Elle est capable de faire du Braille avec des canettes de soda transformées en feuilles d’aluminium et donc de la signalétique extérieure résistant à l’oxydation à des coûts dérisoires. Vraiment dérisoires par rapport aux livrables industriels que l’ont voit par exemple pour les boutons d’ascenseurs des gares occidentales.
  • la braillerap est capable de transformer les lignes, dessins, cartes géographiques, formes géométriques, d’animaux en lignes pointillées en relief et donc de faire découvrir les informations pratiques, touristiques, de réaliser des documents pour l’enseignement non seulement via le texte, mais aussi via les formes (mathématiques, géographie, livres d’enfants permettant de découvrir pour la première fois les formes d’animaux)…
  • la braillerap est compatible avec des standards tels que les typologies et couches de data contenus dans open street map grâce au soutien de NLnet foundation . Vous accueillez des non-voyants dans une région ou une ville ? Pourquoi ne pas extraire autour d’un point les rues, transports publics, services, et en faire une carte annotée afin de leur permettre de se situer ?
  • la braillerap est un « commun opérant » , c’est à dire un commun conçu dès le début pour être accessible, réparable, tangible et pédagogique pour le plus grand nombre. Sans élitisme, mais avec la possibilité d’aller très loin dans les développements d’usages.
  • la braillerap est une histoire vraie, née dans le fablab MY HUMAN KIT en attachant un clou sur la tête d’une imprimante 3D pour frapper du papier. D’où son nom hommage au mouvement Reprap créé par adrian bowyer. C’est durant les ateliers réalisés dans le Fabrikarium de Mumbai qu’elle est née à Rennes, pour devenir le prototype de la machine actuelle en 2016, fruit du génie de Stéphane Godin et Philippe Pacotte .
  • la braillerap est aussi une suite de protocoles symboliques (documentés lors de Braillerap Cameroun notamment) en amélioration continue, pour synthétiser la prise de conscience de certains problèmes, changer le regard des personnes les unes sur les autres, partager et relier des personnes très différentes en cristallisant des moments inoubliables (lecture à haute voix de textes inconnus de tous par une personne non-voyant sanctionnant la fabrication, découverte tactile de l’intérieur de la machine par les personnes concernées suivie de brainstorming d’amélioration machine…).

Au Sénégal, nous essaierons de transporter une machine depuis Dakar à la rencontre des acteurs publics, pédagogues, familles, personnes concernées pour faire découvrir la braillerap, réaliser à la demande des documents restant sur place, collecter des besoins précis associés à des cas d’usages locaux. Ce « registre des besoins » pourra constituer l’armature d’un projet permettant d’équiper et de former tout le monde ensuite.

Si cela vous parait utopique, tant mieux. Car ce projet n’existerait pas s’il n’y avait dans son ADN l’espoir irraisonnable de réussir à aboutir au stade actuel.

Autre exemple d’utopie : alors que même les grandes villes comptent peu d’outils de transcription à la demande pour les personnes non voyantes, le petit village de Betton près de Rennes en France sera probablement cette semaine le mieux équipé du monde… Nous vous en reparlerons bientôt ! Tout cela parce qu’en croisant budget participatif, fablab local, communauté solidaire locale, projet ouvert à but non lucratif, avec la volonté des personnes concernées (coucou François LE BERRE ) on peut assembler 5 machines pour équiper les services publics locaux (centre social, bibliothèque, fablab…) tout en assurant la maintenance ou les réparations en cas de problèmes.

Nous espérons que ce projet vous ouvre de nouvelles perspectives dans ce que le Climate Change Lab appelle les communs opérants. Au travers du travail réalisé dans « la forge d’adaptations au changement climatique », 1000 pages de documentation ont été faites non seulement sur des solutions concrètes et mises dans le bien commun de l’humanité, mais aussi voire surtout sur les méthodes d’atelier permettant « d’embarquer le plus grand nombre ».

Braillerap est l’une de ces solutions. Une seule, mais pas n’importe laquelle.

A l’instar du projet Bionicohand de Nicolas Huchet , de MY HUMAN KIT , inventeur du mot « handipowerment », Braillerap est un précieux en tant que projet symbole de nouveaux possibles très différents de la seule logique de marché consommatrice de ressources, et des logiques de concurrence.

Si vous le voulez bien, consacrez maintenant pour vos enfants, une minute à cette idée : s’il y avait des milliers d’autres solutions de ce type pour faire face à ce qui advient, dans le domaine de la prévention et du soin, de l’eau, de l’énergie, du remixage écologique ou de l’aménagement de la « fermeture » de segments de l’héritage de notre l’anthropocène (coucou Alexandre Monnin) , pourquoi ne pas largement ouvrir la voie des communs opérants au lieu de raffiner le monde d’avant ?

Merci pour votre attention.

P.S. Ce post est 100% rédigé sans IA, en assumant ses « erreurs humaines » 🙂

Publié par Hugobiwan

Real/virtual - Existing/being.

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